Vacances de rêve - A la maison - 1ère partie - 12



Samedi 12 août 2006

Mauvaise nuit, j’ai mal dormi. Abrutie par les cachets, mais mal malgré tout, et mon moral n’est vraiment pas au top. Au réveil, des nausées, envie de vomir, je vais arrêter ces cachets, ils ne me réussissent pas. Il est 8h30, je me secoue un peu, je dois absolument aller voir mon médecin ce matin. Je m’habille, avec du mal, je n’avais jamais remarqué combien mettre une chaussette d’une seule main était difficile. Je me bats avec mes habits, mais je finis par avoir le dessus tout de même. J’ai mal au bras, et mal au cœur, mais je prends tout de même mes cachets, avec un Smecta à nouveau, pour faire passer le tout. Je m’allonge un peu sur le canapé, le temps que les cachets agissent. Je déprime, j’en ai marre, juste envie de dormir, oublier la douleur, oublier tout ça, juste pouvoir dormir un peu, enfin.

Mais je ne peux pas, il faut que je me force. Je me lève, je fais un un tour dans la salle de bain pour me passer un peu d’eau sur le visage, je dois me secouer, le médecin ne va pas m’attendre, et il faut absolument que j’y aille ce matin. Je mets mes chaussures, attrape mon sac à main. Je mets l’enveloppe des radios dans un grand sac de courses, avec des anses, ça sera plus pratique pour les tenir (ben oui c’est con, mais ce sont des détails qui comptent, quand on n’a plus qu’un bras valide !). Je quitte l’appartement, et commence à marcher. J’en ai pour un bon quart d’heure tout de même, et c’est en descente, ça va être galère pour le retour. Tant pis, je verrai ça après, un problème après l'autre ; pour le moment il faut que j’arrive jusqu’au cabinet médical.

J’y suis, la chance, il n’y a qu’une personne dans la salle d’attente, c’est bien la première fois que cela m'arrive, d'abord la salle d'attente est pleine à craquer. Ca y est, c’est mon tour. Le médecin (enfin sa remplaçante plutôt) me reçoit, elle me demande ce qui m’est arrivé. Je lui explique rapidement, mon médecin lui ayant déjà touché quelques mots. Elle examine les radios, me dit « Vous ne vous êtes pas ratée » d’un ton compatissant. Elle regarde l’ordonnance que m’a donnée le médecin de Tignes. Elle me dit que les médicaments ne pas assez forts, on va changer ça, en plus ça vous rend malade. Elle me prescrit d’autres médicaments : un à prendre pendant les 8 premiers jours, un myorelaxant à prendre quelques jours, pour dormir la nuit, et enfin un anti-douleur, pour une durée de 3 semaines. Je lui parle également du séjour prévu en Espagne, et du voyage en train. Elle n’y voit pas d’inconvénient, si j'en ai le courage, et de toute façon, elle voit aussi que je ne peux pas rester seule, je suis incapable de me débrouiller sans aide pour le moment. Enfin, elle me fixe un rendez-vous pour début septembre, juste avant la fin de mon arrêt de travail.

Je quitte le cabinet du médecin, et passe dans la foulée à la pharmacie, c’est à deux minutes à pied, et elle est encore ouverte, alors j’en profite, cela m’évitera de redescendre. Ca y est j’ai tout, je vais pouvoir rentrer chez moi enfin. Il est temps, je ne me sens pas trop bien, je dois avoir de la fièvre, et j'ai très mal à nouveau.

J’entame le chemin pour rentrer chez moi. Cela me semble loin, j’ai du mal à remonter la pente, je souffle, j’ai vraiment du mal, je ne pensais pas que ce serait aussi dur. Je fais plusieurs haltes, pour me reposer, j’ai l’impression d’avoir les jambes toutes molles. J’aurai dû demander à la voisine de m’emmener, même si ce n’est pas loin, mais je ne me sens vraiment pas bien. Allez courage, de toute façon il faut continuer, je n'ai pas le choix. Au bout de 20-25 minutes, j’arrive enfin chez moi, essoufflée, j'ai la tête qui tourne, il faut que je rentre m’allonger, je n’en peux plus.

A peine allongée sur mon canapé, j’entends mon msn qui sonne (j'avais laissé le pc allumé). Et merde. C’est Christian. Je me relève péniblement, pour voir ce qu'il veut. Il est très énervé. Il est passé à la gare pour les billets. Au moment de payer avec la carte, la machine lui dit « mauvais code ». Il a essayé deux fois, puis a arrêté, pour que la carte ne soit pas bloquée. Ce n’est pas la première fois que ça lui arrive… Je lui demande s’il est sûr du code, il me répond sur un ton affirmatif. Je n’insiste pas, même si je doute un peu. Le "pauvre" n’a même pas pris de petit déjeuner, pour passer le plus tôt possible à la gare, et il se retrouve à midi, sans billets… Découragée, je lui propose carrément de lui donner mes coordonnées bancaires, mais il ne pense pas que cela va fonctionner, à distance. Je lui demande si sa sœur Anne, qui habite juste au-dessus, ne peut pas le dépanner, il me répond non, ils n'ont plus d'argent (comment il sait ça lui ??). Puis il me parle du chien d'Anne, qui n’est pas transportable, donc ils n'iront sûrement pas en Espagne comme c’était prévu, puis de Gaëtan (le fils d'Anne), qui réclame après sa mère… Je ne réponds même plus, ça me gonfle, est-ce qu'il se souvient que moi aussi je vais mal, que je suis blessée, que je suis seule chez moi, sans aucune aide ? Je n'en ai rien à faire du chien de sa frangine !!! Il me saoule à étaler ses soucis sans arrêt, les soucis de tout le monde, j’en ai assez des miens, je n'ai plus envie de rien, juste de dormir, et oublier un peu cette douleur qui me taraude l’épaule.

Tiens, il parle à nouveau. Il me demande ce que je mange à midi, je lui réponds je n'en sais rien, je n'ai pas faim, des pâtes peut-être (j’ai le frigo vide…). Lui, par contre, a faim mais n'a rien à grignoter. Et il faut aussi qu’il prévoie quelque chose pour le soir. Je lui glisse, un peu énervée "Oui mais TOI tu peux prendre ta voiture et sortir faire des courses…". Il ne comprend pas mon allusion. Il me répond qu’il va aller voir chez sa mère s’il y a quelque chose à manger. Je lui réponds que je vais m’allonger, j’ai mal, il me dit simplement "Ok bon courage, bye…" Je coupe la conversation et m’allonge, un peu écoeurée… Christian savait que je voyais le docteur ce matin, et pas un mot… Bref, sans commentaires, j’ai trop mal pour réfléchir, je m’allonge pour dormir un peu.

J’émerge vers 14h, j’ai toujours mal, et la nausée. Je dois manger quelque chose, pour que je puisse prendre les nouveaux cachets que le médecin m’a prescrits. Direction la cuisine, je fais chauffer un peu d’eau, pour faire cuire du riz. Il paraît que c'est excellent pour les maux d’estomac, et ça cale. De toute façon, à part des pâtes et des riz, je n’ai pas grand-chose dans mes placards. Je mange un peu, à peine la moitié de l’assiette, je n'ai pas faim, ça ne passe pas, alors je préfère ne pas insister.

Je regarde mes valises, il faudrait que je fasse un tri, pour me limiter à une seule valise dans le train. Mais je n’en ai pas le courage, j’ai mal, et le moral dans les chaussettes. Christian n’a même pas demandé comment je vais. J’ai de moins en moins envie de l’accompagner en Espagne. Si seulement je pouvais me débrouiller toute seule, je resterai chez moi, mais je ne vois pas comment faire. Si je me laisse aller, je vais pleurer, alors je me retiens, essayant de penser à autre chose. Je m’assoupis un peu.

 

A suivre…

 

Kelya - 15 septembre 2006

 

 

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Commentaires (1)

1. Raphaël Zacharie de IZARRA 30/08/2009

LES VACANCES : DECADENCE DES MASSES

Les vacances, phénomène récent dans notre société industrialisée, est le signe le plus éloquent de la décadence des masses laborieuses.

Le repos traditionnel de la gueusaille, sain au départ (et même saint dirais-je), a été remplacé par sa migration obligatoire -et totalement abrutissante- vers les stations balnéaires, avec tout ce que cela suppose en termes d'agitations consuméristes, de centres d'intérêts futiles, onéreux, de comportements dangereux aux conséquences funestes (drames de la route, noyades, insolations, cancers de la peau, indigestions, moeurs alimentaires, sexuelles et culturelles déréglées, SIDA, prises d'alcool, etc.).

Autrefois le travailleur en repos, faute de finances à dilapider ou de tentations matérialistes, jardinait paisiblement, méditait, marchait, contemplait le ciel étoilé : il vivait au rythme virgilien des cloches de son village. S'il était en ville, il cherchait l'ivresse dans la frénésie collective des ragots. Et s'il partait à la mer, c'était une découverte. Un voyage. Une aventure. Un rêve.

Une quasi initiation.

De nos jours on ne vit plus le temps qui passe : on consomme du temps libre. On ne respire plus l'air des saisons : on paye pour jouir du soleil, de l'eau, du ciel bleu.

Aujourd'hui le travailleur en repos se dope au scooter des mers, s'éparpille entre sorbets industriels, frites pré-cuites et derniers films sortis dans les salles de cinéma, vit, dort, copule, boit, excrète, dégueule dans des campings, bêle avec ses congénères sur le sable brûlant tout en exposant publiquement sa nudité (qu'elle soit glorieuse ou avariée) au feu du ciel, lit des "romans d'été" ineptes devant la face de Râ, tue le temps (car le vacancier s'ennuie malgré tout) en visitant des potiers, des musées grotesques (musées des verres à bière, du cendrier, etc.), saute en parachute, à l'élastique, fait du vélo-cross autour du camping, bref il ne sait plus quoi inventer pour se distraire, remplir ses jours, "passer l'été".

Et comme si cela ne suffisait pas à son bonheur de caniche dégénéré, grâce à la parabole portative débitrice de bouquets de chaînes de télévision il peut meubler les heures creuses passées au camping à zapper.

Mais surtout, en toile de fond obsessionnelle, le vacancier s'ingénie à provoquer au maximum la pigmentation de sa peau que dévore année après année l'astre mortel... Revenir bronzé des vacances, tel est le leitmotiv de l'estivant. C'est la preuve par l'éphémère que ses vacances ont été réussies car les vacances c'est comme un examen à passer après une année de travail : il faut les "réussir". Le bronzage valide les efforts du touriste, justifie ses dépenses, donne même un sens à son année de labeur !

Le bronzage est le salaire de l'abruti.

Le comble : les vacances sont sources de fatigue, voire d'épuisement. Et au retour des vacances il faut encore se reposer des vacances !

Avec cet état d'esprit est apparue la culture de l'insignifiance : ne pas pouvoir se payer un séjour à la mer est considéré comme une injustice sociale. Certains en ont même honte car ils se croient pauvres.

Dans les pays industrialisés, pour toute une catégorie socio-culturelle le bain de mer et l'exposition aux rayons ardents du soleil entre juillet et août sont devenus la norme. Un "droit au bonheur" élémentaire fortement imposé par la pression sociale. Il existe même des associations charitables dont le but est d'envoyer des familles "indigentes" en vacances au bord de la mer...

Après avoir intégré la notion aliénante de travail obligatoire afin de plaire aux dieux républicains de son époque (dieux parfaitement démocratiques dans la gestion de l'imbécillité collective), le citoyen de nos latitudes a fini par se sentir obligé de croire aux vertus sanitaires et sociales du sel marin et de la brûlure solaire pour s'accomplir, pense-t-il.

Il serait temps de criminaliser la mentalité de ces bovins générant tant de fumée et de vent sous le soleil !

Raphaël Zacharie de IZARRA

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