Vacances de rêve - La chute - 2ème partie

 

 

 Mercredi 09 août 2006 - suite

 

...J'essaie de me relever, impossible, j'ai mal, je sens les larmes monter, je n'arrive plus à bouger mon bras. J'appelle Christian, plusieurs fois, il n'entend rien, c'est sûrement à cause du casque. Et moi je suis là, allongée par terre, et je n'arrive plus à bouger. Et merde. Et j'ai mal. Pourvu que ce ne soit pas cassé, comment allons-nous faire pour rentrer ? Et le reste des vacances ? pfffff. Je l'appelle encore, il n'entend toujours rien. Enfin il regarde vers le haut, et me voit allongée, et comprend que quelque chose ne va pas.

 

Deux personnes arrivent derrière moi en VTT, elles s'arrêtent, me demandent si ça va, je réponds non. Elles me demandent si j'ai besoin d'aide, s'il faut appeler des secours, je dis oui. J'ai mon portable, mais dans le sac à dos, et c'est Christian qui l'a. J'ai mal, je sens que je commence à tourner de l'oeil, je fais une chute de tension. Je leur demande si elles ont quelque chose à boire. Elles me tendent une petite bouteille de jus d'orange, super, quelque chose de sucré, c'est ce qu'il me faut. J'en bois quelques gorgées, ça fait du bien. J'ai mal, ça m'élance tout le bras, l'épaule, le dos, mais merde j'ai quoi ?

 

Christian est arrivé enfin, me demande si ça va... il a d'autres questions comme ça encore ? Une vingtaine de mètres plus bas, une dame sur une espèce de planche à roulettes, avec des bâtons de ski me voit, et me demande en criant s'il y a un problème. Je lui réponds "Oui, ça ne va pas du tout". Elle arrive, me demande ce qui s'est passé, si je peux bouger. Je lui explique rapidement ma chute, et lui dit que j'ai très mal. Elle se présente, Sabrina, et son travail justement c'est de sillonner les pistes, pour voir si tout va bien. Un peu comme les sauveteurs en montagne, sur les domaines de ski. Elle rajoute, c'est mon jour de congé... désolée M'dame, je n'ai pas fait exprès de tomber !! Elle demande si quelqu'un a appelé des secours, et comme personne ne répond, elle prend les choses en main. Elle palpe mon bras (doucement sinon je mords !!), me demande de situer la douleur si je peux. Je lui répond, et je n'aime pas du tout son expression… Je lui demande ce qu'elle en pense. Elle me répond, je ne suis pas spécialiste, il faut voir un médecin pour confirmer, mais c'est soit une fracture de l'humérus, ou de la clavicule, d'après moi. Et meeeeeeeeeeerde non, pourvu qu'elle se trompe, pas une fracture !!!

 

Ca se bouscule dans ma tête, et l'Espagne, et comment on va rouler, comment on va faire merde ? Pourquoi moi !!! Elle passe quelques coups de fil pour alerter les secours, leur indiquer l'endroit où l'on se trouve. Puis elle parle, pour me rassurer je pense, m'enlève mon casque et mes protections, pour me mettre plus à l'aise. Elle est géniale cette nana, malgré la douleur, je suis contente qu'elle soit passée là à ce moment précis. Elle demande à Christian de se placer un peu au-dessus de nous, au niveau de la piste, pour freiner les gens qui arrivent. Ca va vite en sortant du virage, j'en ai la preuve, il ne faudrait pas que quelqu'un me tombe dessus encore ! J'ai mal, très mal, je sens des fourmis dans les doigts, j'ai la main qui commence à s'engourdir. Les deux personnes qui se sont arrêtées demandent si nous avons encore besoin d'elles, Sabrina les remercie, elle s'occupe de moi. Je les remercie également, elles remontent sur leurs VTT et s'en vont.

 

Je reste avec Sabrina, attendant les secours, bon sang mais qu'est-ce qu'ils font. Elle me fait parler, je lui raconte qu'aux dernières vacances, l'année précédente, je me suis déjà blessée en tombant au ski, ça me fait un peu penser à autre chose, mais j'ai toujours aussi mal. J'essaie de bouger un peu, j'ai mal aux fesses à force d'être assise sur la rocaille, pas très confortable, et ça m'élance dans le dos, je n'y arrive pas, trop mal au bras, je sens les larmes qui coulent, sans que j'arrive à les retenir.

 

Ca y est, les secours arrivent enfin. Deux voitures (mais je n'en vois qu'une pour le moment), une espèce d'ambulance (tiens, j'en avais une comme ça déjà, à l'Alpe d'Huez), et une espèce de jeep 4x4, qui s'arrête au bas de la colline où je suis, l'autre véhicule n'étant pas équipé pour monter. Deux pompiers descendent de la jeep et viennent vers nous. Sabrina leur fait un bref résumé. L'un deux me palpe le bras, même diagnostic que Sabrina. Le peu d'espoir que j'avais que ce soit autre chose qu'une fracture vient de s'envoler. Impossible de me poser une attelle ou autre chose, j'ai trop mal, et ils n'osent pas me toucher. L'un deux suggère donc que je me gère "moi-même", que je soutienne mon bras avec l'autre bras, c'est moi qui ressent la douleur, je saurai mieux que quiconque comment me protéger. D'accord, et pour me relever je fais comment ? Chouette, j'ai une ceinture, cela paraît insignifiant comme détail, mais dans une telle situation, ça aide ! Ils m'attrapent tous les deux d'un côté de la ceinture, et me soulèvent doucement, sans à-coups. Me voici sur mes jambes à nouveau. Nous allons descendre comme ça, eux me tenant par le pantalon (c'est très romantique non ?), et moi soutenant mon bras. Sabrina me dit au revoir, et je la remercie plusieurs fois pour sa gentillesse. Heureusement qu'elle était là ! j'aurai été perdue sans elle je crois.

Je descends très lentement la colline, accompagnée par mes deux pompiers. La jeep est à 50 mètres, et l'ambulance un peu plus loin, à une centaine de mètres. Comme j'arrive à marcher doucement, sans trop souffrir, ils me proposent de continuer à pied jusqu'à l'ambulance, plutôt que de grimper dans la jeep où je risque d'être secouée. Je continue donc, et nous arrivons enfin à l'ambulance, où un troisième pompier m'attend. Il m'aide à grimper sur le brancard, m'attache dessus (quand même), et me câle le bras pour que je ne sente pas les secousses. Comme Sabrina, il discute avec moi pendant le trajet. J'ai de la chance dans mon malheur, le centre médical est tout près (au-dessus de notre hôtel en fait).

 

Christian a suivi à pied, avec son VTT, l'un des pompiers s'étant chargé du mien.

 

 

 

Ils me font entrer  dans le cabinet du médecin,  dans la pièce des radios,  et restent avec moi en attendant le médecin. Il prend son temps le bougre, j'ai bien dû attendre 15-20 minutes. Enfin il arrive. C'est à peine s'il me dit bonjour, il a l'air aimable comme une porte de prison.

 

Les pompiers partent, en me souhaitant bon courage, et me laisse avec lui. Il ne me demande rien (je suppose qu'il a déjà eu les explications), me fait mettre debout devant l'appareil pour les radios, me dispose pour prendre ses clichés (j'ai l'impression d'être un objet). Puis il m'emmène dans une petite pièce à côté où je peux m'asseoir ou m'allonger (bof pas confortable avec mon épaule en miettes). Il revient au bout d'un long moment, et m'annonce brutalement que c'est une fracture de la clavicule. Et merde, je suis au bord des larmes à nouveau. Il donne l'ordonnance à Christian, qui attendait dehors, pour qu'il aille acheter les médicaments et le gilet orthopédique, et me laisse seule à nouveau.

 

L'assistante du médecin arrive, j'ai une petite mine. Elle me dit "Ca n'a pas l'air d'aller". C'était la phrase à ne pas dire, et là je craque, je m'effondre et fonds en larme. Je lui balance en vrac, c'est que le 3ème jour de nos vacances, demain nous devions reprendre la route, Christian ne peux pas conduire avec ma voiture, comment allons-nous faire, et l'Espagne, etc. etc. Moins froide que le médecin, elle reste un peu avec moi et essaie de me remonter le moral.

 

Une vingtaine de minutes plus tard, voilà Christian avec ce qu'il faut (et 130 euros en moins sur mon compte en banque). Le médecin revient, me déshabille (je le voyais déjà devoir découper mes fringues, mais non, en forçant et en serrant les dents très fort, ça passe). Ouf j'ai le maillot de bain en dessous, je suis un peu moins mal à l'aise du coup. Il commence par mettre le gilet autour de moi, ça se scratche ça va, pas trop douloureux. Puis, il fixe la partie destinée à soutenir mon bras, et me replie celui-ci sur le ventre. Aieeeeeeeeeeeee je crie, ça fait mal merde !!!! Je pleure sans même m'en rendre compte, tant pis je m'en fous. J'ai les nerfs qui lâchent. Une fois le tout en place, je me sens un peu soulagée malgré tout, je sens un peu moins la douleur (juste un peu moins).


Gilet orthopédique

 

Je sors de la pièce avec Christian, l'assistante a les radios et les papiers. 109 euros... Je n'ai plus de quoi payer sur moi, et aucune envie de régler encore avec la carte. Elle nous propose de revenir le lendemain pour payer.. Nous quittons enfin le centre médical, direction l'hôtel. Heureusement c'est tout près, il y a juste à prendre l'ascenseur pour descendre, une chance. Mais la voiture est restée à la station du lac, en bas, et il nous reste le VTT de Christian : les pompiers ont emmené le mien, mais il n'a pas pensé à leur donner le sien aussi. Pendant que je me faisais maltraiter par le médecin, il a téléphoné au magasin, pour demander s'il pouvait le rendre le lendemain, le magasin fermant à 18h00. Ils ont accepté sans problème, à condition qu'il le rende le lendemain pour 9h30.

 

Nous arrivons à l'hôtel, je suis épuisée. Je m'allonge un peu sur le lit, histoire de remettre mes idées en place. Tout se bouscule dans ma tête, comment rentrer, ou descendre en Espagne ? Je ne peux pas rouler avec un bras, et lui ne peux pas rouler avec ma voiture. Il n'y a pas 36 solutions, il faut demander de l'aide. Sur ma carte bancaire figure un numéro d'assistance médicale, je les appelle. J'explique ce qui m'est arrivé. Ils me proposent un rapatriement en Alsace, avec chauffeur. Je leur explique qu'il faut que nous descendions en Espagne, les enfants de Christian sont là-bas, et il était prévu que nous les rejoignions. Bien essayé, mais ils refusent, ils proposent uniquement un rapatriement à domicile. Je raccroche, dépitée, je n'ai pas vraiment le choix.

Je tente le coup, j'appelle Mondial assistance, et leur explique le problème également. Peine perdue, même réponse, je leur dis que dans ce cas ce n'est pas la peine, et je raccroche.

 

La première assistance médicale me rappelle. Je donne mon accord pour le rapatriement, en leur précisant que c'était notre dernière nuit d'hôtel, et donc qu'il faudrait nous faire rapatrier demain (jeudi). Ils me demandent les coordonnées du médecin qui m'a soigné, pour vérifier qu'un rapatriement est bien justifié. Je leur indique ce qu'ils veulent. Ils me répondent "Nous vous tiendrons au courant", et raccrochent.

 

Il est tard déjà, je suis vidée, épuisée, par la chute, le stress, la douleur. Et je pense à l'Espagne. Je me réjouissais pour descendre, enfin des vacances au soleil, ça fait des années que je n'y avais pas été, et là, tout tombe à l'eau, à cause d'une chute stupide. Je m'en veux, je déprime. Et j'ai mal, malgré les cachets que m'a prescrit le médecin, j'ai un mal de chien.

 

Christian a faim. Il m'aide à mettre un gilet par dessus l'attelle, et nous sortons. Au passage, nous nous arrêtons à la réception. J'explique rapidement ce qui m'est arrivé, que nous allons nous faire rapatrier, mais que demain c'est notre dernier jour. La réceptionniste comprend, et regarde si la chambre est disponible pour la nuit d'après, au cas où. Elle l'est oui, mais ça sera au prix fort (120 euros, et oui c'est un hôtel grand luxe !) Je la remercie, et nous sortons manger. Entre-temps, j'ai eu un appel de l'assistance médicale, ils n'ont pas réussi à joindre le médecin, ils le feront demain matin à la première heure, et me tiennent au courant... Nous retournons au restaurant de la veille, c'était bon, et pas cher. La serveuse nous reconnaît, elle ouvre de grands yeux en me voyant !

 

Nous mangeons assez rapidement (j'ai oublié le menu, désolée), et nous retournons enfin à l'hôtel, il est 22 heures passés. Piètre consolation, à la télé, rediffusion de Desperate Housewives, le dernier épisode d'une série que j'affectionne. Christian zappe ensuite sur un reportage à propos de la guerre, je m'endors, épuisée et à bout de nerfs.

 

A suivre...

 

Kelya - 02 septembre 2006

 

 

 

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